Après l’assassinat de Samuel Paty

Mis en ligne le Posted on par Pierre MIELE

L’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire et de géographie à Conflans Ste Honorine, est une horreur absolue. Il a été décapité pour avoir fait son travail, apprendre à ses élèves ce qu’est la liberté de s’exprimer, de douter, de critiquer, comme il devait le faire dans l’Ecole de la République.

Pour autant, ni la laïcité, ni l’école, ni la République ne sauraient être en danger. La République a des lois et des institutions qui permettent de prévenir, combattre, punir les crimes, qu’ils soient de motif religieux ou de motif sordide. Elle ne peut cependant pas les empêcher totalement et  il n’y a pas lieu de changer la loi chaque fois qu’un individu passe outre, en isolé ou comme agent kamikaze d’une organisation ! Il faut que les réseaux maffieux de la pensée comme ceux de la cupidité soient pourchassés partout sans complaisance. Point de généralisation abusive, point de surenchère,  point de stigmatisation communautaire, point d’exploitation électoraliste d’une émotion légitime. Que l’école poursuive son travail et que l’Etat la protège.

Continuons, à l’école et dans nos associations, à  former des citoyens à la pensée libre ; c’est le meilleur hommage à rendre à Samuel Paty.

Les violences conjugales faites aux femmes

Mis en ligne le Posted on par Pierre MIELE

par Claire Chaussade, mars 2020

La violence est-elle en augmentation ou en régression dans notre société. C’est le sujet d’étude choisi par le Cercle Condorcet pour 2019-2020. Sans prétendre à l’exhaustivité, le sujet est étudié à travers quelques formes de violence qui font régulièrement la une des medias dans notre actualité pour tenter d’élucider, abstraction faite du caractère dramatique des événements relatés, la part respective du réel et du ressenti dans l’évolution du phénomène.

« La violence faite aux femmes dans le couple » est une des formes de la violence étudiées dans le cadre de l’étude en cours. Texte publié dans Auvergne laïque n°486, octobre 2020

« Les droits de l’homme résultent uniquement de ce qu’ils sont des êtres sensibles susceptibles d’acquérir des idées morales et de raisonner sur ces idées. Ainsi les femmes ayant ces mêmes qualités ont nécessairement des droits égaux. Ou aucun individu de l’espèce humaine n’a de véritables droits, ou tous ont les mêmes »

C’est la réponse de Nicolas de Condorcet à Olympe de Gouges sur sa requête pour opposer les droits des femmes à ceux des hommes.

Les contes racontés aux enfants donnent une vision idyllique de la relation amoureuse : « ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Dans la vraie vie, le prince charmant peut se transformer rapidement et faire subir à sa compagne humiliations, reproches, injures, coups et aller même jusqu’au meurtre.

C’est de cette violence là que vont traiter ces quelques lignes.
            En 2018 : 121 femmes tuées au sein du couple en France : 1 femme tuée tous les 3 jours.
           En 2019 : 138 femmes tuées jusqu’en décembre 2019                

Parler des violences faites aux femmes dans leur couple, c’est parler de la violence qu’un humain fait subir à un autre humain ; enfin, pas tout à fait, parce que le regard porté sur la victime est particulier. En effet, dans toutes les sociétés humaines, une hiérarchie a toujours existé : celle des sexes, entraînant selon les époques et les lieux des disparités culturelles, juridiques et politiques reflétant cette différence.

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De la Vérité en temps de crise

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Pierre Miele, mai 2020
Texte publié dans la revue Auvergne laïque n°485

Le coronavirus a créé une situation brutale de grand trouble collectif ! Danger mondialisé, ennemi  invisible et à peine connu ; aucune communauté scientifique n’en a du moins  la maîtrise. Si le danger est un fait,  les cibles en sont incertaines, et  la population ignore les moyens de s’en protéger : force est de faire confiance… Mais à qui ? à quoi ?

Nous avons assisté à une avalanche médiatique de « vérités » péremptoires successives et de  consignes contradictoires, et deux événements ont été particulièrement marquants et démonstratifs en la matière :

– de la part de responsables nationaux  aux débuts de la pandémie,  le déni du danger et le refus d’avouer l’absence de masques et de moyens de test, dans le but de dissimuler des carences  ; cette attitude, au demeurant ridicule, qui n’est autre qu’une falsification des faits, est grave et ne peut que renforcer la méfiance déjà grande à l’égard de la parole politique et de celle des autorités de l’Etat ;

– le mépris affiché par le désormais célèbre professeur Raoult, à l’égard des procédures de preuve scientifique et son affirmation publique que tout résultat scientifique pourrait ou devrait être soumis au débat des citoyens, donne à la vérité scientifique une valeur relative que diffusent par ailleurs des idéologues obscurantistes. Il promeut par là un contresens sur la controverse scientifique qui, elle, doit exister, mais qui ne relève pas du débat d’opinion. Ce positionnement à la face du monde décrédibilise son auteur, mais risque aussi, et c’est grave, de décrédibiliser la parole scientifique.

En 2017, le Cercle Condorcet avait consacré ses travaux aux modes de pensée qui contrarient la raison1 ; le contexte invitait alors à s’interroger sur la puissance des croyances et à mobiliser les moyens qui permettent de les contrer pour que la raison triomphe.

C’est le terrorisme fanatique qui menaçait alors notre monde ; mais au danger réel des attentats perpétrés ou en préparation, s’ajoutait celui de la panique et de son exploitation par les medias avides de spectacle et d’émotions, par des idéologues prêts à diffuser leurs interprétations du phénomène, et par les gouvernants prêts à utiliser l’urgence et la sécurité  pour justifier les décisions qu’ils prennent pour notre bien.

Donc d’un côté des croyances, avec la forme extrême de l’islamisme et, au-delà, de toutes les formes d’intégrisme religieux ; et de l’autre côté des opinions sur le diagnostic (par exemple le rôle des réseaux sociaux et des prisons dans le développement du phénomène,…), puis sur la nature et l’ampleur des faits,  puis sur les mesures à prendre (déchéance de nationalité, introduction en toute hâte d’un enseignement de morale laïque à l’école…)…

A la Vérité révélée et imposée des croyances,  et aux vérités multiples des opinions concurrentes, et à plus forte raison à la falsification², nous opposons la vérité issue de la connaissance et du savoir et la capacité de jugement rationnel des individus à faire la distinction entre ces formes de vérité, et à exercer en autonomie et pleine responsabilité leur rôle de citoyen.

C’est cette capacité que  l’école publique a la charge d’outiller par l’instruction et l’apprentissage des modes de pensée eux-mêmes en créant des situations pour les exercer et les reconnaître. Chacun apprend à l’école que la vérité est le résultat d’un processus de preuve, et qu’elle fait l’objet d’un consensus que seuls les scientifiques du domaine peuvent faire évoluer s’il y a lieu. On apprend aussi à savoir qu’on ne sait pas… Et qu’alors il faut s’informer et se méfier des croyances et des opinions. L’incertitude n’empêche pas de prendre une décision, avec un certain degré de confiance.

Mais encore faut-il que les plus hautes autorités, qu’elles soient politiques ou scientifiques ne soient pas les premières à trahir ce qu’on apprend à l’école, surtout en temps de crise…

Car en temps de crise, c’est la peur qui nous fragilise ;  la menace Daech  comme celle de Covid_19 nous le montrent ; la peur, bien qu’elle n’annihile pas notre capacité de penser, peut néanmoins altérer notre capacité de résistance, faire émerger des comportements irrationnels d’égoïsme,  de suspicion, de haine, et nous faire consentir collectivement à une réduction de nos libertés.

On se rassurera en constatant, qu’au-delà des exceptions, la population a, dans cette période encore, massivement réagi avec sérénité, souvent avec courage, de manière raisonnable sinon rationnelle, et cela sans oublier ses aspirations  d’avant la crise. Signe sans doute que l’école joue bien son rôle dans la formation des citoyens en leur apportant ce qu’il faut d’esprit critique.

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1 Défendre la raison en de sombres temps (Cahier n°17, Cercle Condorcet de Clermont-Ferrand – 2017)

² Les fausses nouvelles dans l’espace démocratique (sous la direction de Philippe Bourdin, Centre d’histoire Espaces et Cultures, Université Clermont-Auvergne – 2018 ) 

Nouvelle publication du Cercle : « L’Europe entre désir et réalité »

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Le Cercle Condorcet de Clermont-Ferrand a consacré ses réunions et ses travaux de la saison 2018-2019 à une réflexion sur l’état de Union Européenne. Les contributions individuelles, présentées et questionnées en séance, ont été réunies dans le 19ème cahier du Cercle.

A lire ou télécharger sur le site du Cercle de Clermont-Fd

Introduction

Pierre Miele

«  La réalité c’est qu’il y a aujourd’hui en moyenne dans les différents pays de l’Union européenne (UE), entre 15 % et 25 % d’anti-européens ; à l’autre extrême, peut-être 15 % à 20 % de « proeuropéens » traditionnels et raisonnables, de centre gauche ou de centre droit ; sans doute guère plus de 1 % de vrais européistes fédéralistes ; et, entre les deux, une majorité d’environ 60 % d’eurosceptiques (au sens vrai : dubitatifs), d’Européens déçus ou devenus allergiques.
Année après année, chaque élection, nationale ou européenne, référendum, référendum consultatif, sans parler des études et sondages, confirme ce décrochage des peuples. [..]. L’UE est donc un organisme affaibli, miné de l’intérieur. [..]
Le décrochage des peuples a été longtemps nié par des dirigeants qui ont de plus en plus peur des peuples entraînés par de mauvais bergers « populistes ».

Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères
Tribune dans Le Monde du 16 juin 2016
«Il faut un compromis historique entre les élites et les peuples pour relancer le projet européen»

Le diagnostic de cet éminent spécialiste qu’est Hubert Védrine résume le point de départ de nos interrogations et la volonté des membres du Cercle Condorcet de rechercher des explications à cette situation, dans un objectif de lucidité.

On se souvient de la campagne proeuropéenne orchestrée par les medias qui avait précédé le référendum de 2005 sur le projet de Constitution européenne qui fut cependant rejeté.

La même connivence a ensuite accompagné le contournement de ce rejet par le Traité de Lisbonne ; on la retrouve dans la présentation caricaturale qui est faite de toute tentative de critique intellectuelle ou plus politique du fonctionnement de l’UE, et de toute proposition visant à l’améliorer de manière significative. L’emploi abusif généralisé du mot « populisme » en est un signe.

L’analyse et les propositions d’Hubert Védrine dans l’article cité ci-dessus puis d’autres ultérieurement, échappent très heureusement à cette complaisance, ce qui nous autorise, s’il en était besoin, à y échapper également.

Dans une première partie, seront d’abord précisés le fonctionnement de l’Union Européenne aujourd’hui, dans ses aspects institutionnels, l’enchainement des traités qui à partir de 1945 ont constitué autant d’étapes de cette construction et de l’intégration progressive des 28 Etats, et une histoire plus que millénaire d’événements qui s’apparentent à une émergence de l’idée d’Europe unie.

La seconde partie sera consacrée à l’étude critique, et aux écarts entre les intentions déclarées et la réalité constatée. L’Union Européenne issue du traité de Lisbonne n’est qu’une forme de cette union : en quoi répond-elle ou pas aux aspirations des peuples et qu’est-ce qui suscite et peut légitimer leur décrochage constaté. La « raison économique » est au centre de cette analyse critique ; et le fonctionnement « démocratique » lui apparaît soumis. L’humanisme des Lumières trouve-t-il son compte ?

C’est dans cette partie que nous traitons du « populisme » vocable qui semble servir à désigner toute forme d’opposition, en distiguant le concept des usages qui en sont faits.

La troisième partie fait le point sur quelques dossiers précis auxquels nous sommes attachés : la laïcité, la place des femmes, la culture, illustrant le faible engagement européen sur les questions sociétales.

La question migratoire et la question de l’environnement sont deux sujets majeurs, au cœur du projet européen et de son avenir, et cruciaux au regard de l’humanisme. Evoqués en permanence dans nos discussions, ces immenses chantiers jugés encore trop peu à notre portée n’ont pas pu, à notre grand regret, être traités dans le cadre de ce travail.

Enfin, en annexe est inséré le compte-rendu d ‘une conférence invitée dont le propos a été une source d’un stimulant débat. Ce résumé, validé par le conférencier, François Robinet, peut être complété par une lecture de son ouvrage « Les Traités contre la démocratie ».

Réunion du Cercle dans le Cézallier

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Cette année encore, ce sont nos amis d’Egliseneuve d’Entraigue qui ont préparé l’accueil de la réunion de fin d’année (scolaire) de notre Cercle, qui se tient traditionnellement en dehors de Clermont-Ferrand. Matinée bien remplie dans la Salle du Club de l’Amitié avec un ultime débat sur « l’Europe, entre désir et réalité » thème de travail de l’année. Les travaux qui seront publiés sur le présent site seront réunis à la rentrée et constitueront le cahier n°19.

Après le travail, le groupe s’est rendu à Brion pour un déjeuner gargantuesque dans la tradition des jours de foire, avec spécialités locales très appréciées.

La pluie a empêché la visite prévue de la « butte » de Brion. Mais de passage à La Godivelle, les amis qui n’avaient pas encore rebroussé chemin ont pu assister à un surprenant mais très beau concert classique avec chanteuse d’opéra et accordéoniste tous deux de grand talent.

Ce fut donc une journée à la fois fructueuse et bien agréable. Merci à nos amis organisateurs.