Que reste-t-il des Lumières ?


Condorcet_2009

Que reste-t-il des Lumières ?

/Siècle des Lumières – Philosophie des Lumières – Universalité – Egalité en droits – Antilumières – Relativisme culturel – /

Livret collectif, 146 pages,
avec les contributions de membres du Cercle

et de conférenciers invités

 

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Introduction
Sommaire
Conclusion

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Introduction

C’est en octobre 2008 que le Cercle Condorcet de Clermont choisit comme thème de réflexion pour 2009 : « Que reste-t-il des Lumières en ces temps de crise » ?
En cet automne 2008, la crise financière née aux États-Unis a pris une ampleur mondiale et entraîne une crise économique que nous subissons encore. La spéculation financière, la mondialisation, le libéralisme économique, figurent au banc des accusés. On évoque alors  » la main invisible du marché « , Adam Smith, le XVIII’ siècle… Ne serait-il pas bon d’essayer d’aller voir de plus près ce que fut, au XVIIIe siècle, la naissance du libéralisme économique ? Surtout pour un Cercle Condorcet ! Sa vocation est bien d’essayer de comprendre, à la lumière du passé, le temps présent, de porter un regard critique et le plus éclairé possible sur les mutations des sociétés contemporaines.
Aussi avons-nous décidé, pour nourrir notre réflexion et nos débats, de faire appel à des spécialistes du XVIIIe siècle et de la philosophie des Lumières comme Philippe Gourdin, professeur d’Histoire à l’Université de Clermont-Ferrand, Jean Erhard professeur de Lettres émérite de l’Université ou Francine Best, universitaire et Inspectrice générale de l’Éducation nationale., mais aussi de consulter des ouvrages et des articles sur le Siècle des Lumières ; ces Lumières qui ont suscité et suscitent encore bien des controverses, mais qui ont marqué un tournant dans la pensée occidentale et dont nous sommes des héritiers parfois bien injustes. D’ailleurs Condorcet lui-même n’avait-il pas été une bonne illustration de la philosophie des Lumières et de la dureté des temps et des hommes ?
Ce cahier, qui ne se veut pas exhaustif, est le résultat des débats des membres du Cercle de Clermont, de leurs participations écrites, et de celles des universitaires cités ci-dessus, mais aussi du choix de quelques articles de journalistes, sociologues ou philosophes contemporains.


Sommaire

En guise de préambule, le mot du Président
INTRODUCTION
1. LES LUMIERES ET LEUR SIECLE
1.1. PRESENTATION DU « SIECLE DES LUMIERES »
1.1.1. Les grandes périodes
1.1.2. Les grands domaines
1.1.3. Les idées directrices et les moyens de leur diffusion
1.1.4. Les réactions, les oppositions, les prolongements
1.1.5. Conclusion
1.2. ANTILUMIERES ET CONTRE-REVOLUTION
1.2.1. Essoufflement du mouvement européen des Lumières
1.2.2. Les antilumières
1.2.3. Les origines théoriques de la contre-révolution
1.3. UN EXEMPLE LE CHEVALIER DE SAINT GEORGES
1.4. COMBAT ET ÉPREUVES DES LUMIÈRES :  » Le médecin des Lumières, film de René Allio  »
1.5. QUE RESTE-T-IL DES LUMIÈRES ? : Conférence de Jean EHRARD

2. ESPRIT ET VALEURS DES LUMIÈRES À L’AUNE DU MONDE CONTEMPORAIN
2.1. LES GRANDS PRINCIPES, LES ACQUIS, LES LIMITES
2.2. DETOURNEMENT ET RADICALISATION DES PRINCIPES DES LUMIERES
2.2.1. Relativisme culturel et Lumières
2.2.2. Mise en cause des Lumières
2.3. LES VALEURS DES LUMIÈRES : UN HERITAGE DIFFICILE A S’APPROPRIER A RECEVOIR ET DONC A TRANSMETTRE
2.3.1. Le concept d’universalité
2.3.2. L’universalité mise à mal par l’individualité
2.3.3. L’universalité mise à mal par l’utopie mondialiste
2.3.4. Le bilan décevant de ce rayonnement universel des Lumières
2.3.5. Sommes-nous encore les héritiers des Lumières ?
2.3.6. Les Lumières ne seraient-elles pas à réinventer ?
2.4. ESPRIT HUMAIN ET CONNAISSANCE

3. LES LUMIÈRES EN TEMPS DE CRISES
3.1. QUE RESTE-T-IL AUJOURD’HUI DE LA PHILOSOPHIE DES LUMIERES, EN CES TEMPS DE CRISE ?
3.2. REACTUALISER LES LUMIÈRES : UN COMBAT QUI A UN OBJET, MAIS DONT TOUTES LES LIGNES SONT BROUILLEES
3.3. REINVENTER LES LUMIERES
3.3.1. Un exemple : Éthique et économie
3.3.2. Lumières et mondialisation


Conclusion

À partir des différents courants de pensée des nombreux intellectuels qui dans leur grande variété fondent l' » Europe des Lumières « , on peut parler d’un état d’esprit européen qui traverse le 18è »siècle et qui précède ou accompagne les transformations économiques, sociales et politiques de l’Europe.
On sent émerger un nouveau besoin d’imaginer et d’organiser la vie humaine, car naissent des espaces publics favorables aux débats engendrés peu ou prou par la sécularisation naissante.
Le salut, jusqu’alors valeur suprême, s’efface peu à peu devant le bonheur ici-bas, nouvelle aspiration qui appelle à reconsidérer le mode de vie, la gestion et l’administration de la vie publique et de l’économie. On peut dire que les Lumières ne sont pas seulement un mouvement d’idées, mais sont aussi une certaine joie de vivre, une volonté d’émancipation et de liberté.
En réduisant les Lumières à une mobilisation de la raison contre le mythe et la pensée magico-religieuse et en opposant humain et divin, universel et particulier, on a assimilé Lumières et rationalité. Cette abstraction rationnelle de l’homme oubliant quelque peu l’individu dans sa singularité a conduit à une instrumentalisation des Lumières par des courants de pensée souvent contradictoires, lesquels ont légitimé leurs actions en se référant au concept général de Raison. Vouloir fonder la liberté sur la raison désincarnée et abstraite, c’est en partie la détruire ; on en connaît les funestes conséquences largement exploitées par les courants antilumières de toute nature.
La crise récente que nous vivons montre comment des valeurs érigées en dogmes peuvent conduire à l’aveuglement des hommes qui leur font confiance ; la démesure d’une raison (mathématique) appliquée aux finances ne s’est-elle pas substituée aux réalités économiques et au  » bon sens « , engendrant par là même des conséquences dont nous sommes incapables de mesurer l’ampleur?
Pour reprendre la problématique que le Cercle Condorcet du Puy de Dôme s’était fixée, en ces temps de crises, les différents champs sociaux dans lesquels nous vivons au quotidien sont tiraillés entre des forces qui s’opposent:
celles de la tradition et de la communauté voire de la nationalité, caractérisées par l’histoire, la langue, la culture et celles de l’universalisme, de la volonté de changement, de l’importance de l’individu, du matérialisme et du rationalisme ; ce que d’aucuns nomment le progrès.
Il nous est apparu que cette dichotomie était stérile, voire dangereuse, car elle pouvait légitimer contradictions et paradoxes. Ce qui semble certain c’est que les mutations rapides et illisibles que nous connaissons sécrètent entre autres l’irrationalité et une néo-modernité que revendiquent aussi bien les mouvements  » droits à la vie  » et pseudo-sectaires que les intégrismes et totalitarismes de toute nature qui comme les Lumières prétendent créer un homme nouveau.
Retenons surtout que les Lumières voulaient libérer l’éducation de l’obscurantisme pour l’ouvrir sur le monde et éduquer l’humanité entière. Croyons-nous toujours au pouvoir libérateur de l’École et n’avons-nous pas pris conscience que le monde est aussi un théâtre ou un champ de batailles d’intérêts de toute nature ?
C’est pourquoi l’optimisme des Lumières est en partie dépassé, car elles voulaient expliquer l’histoire des hommes à travers le développement de la raison depuis l’obscurité vers un avenir éclairé. Cette conception progressiste apparaît de nos jours quelque peu naïve, car nous nous approprions à notre insu d’autres logiques de pensée.
Que reste-t-il ? Il reste à l’évidence que les Lumières ont été un moment capital du développement de la pensée occidentale. C’est aux principales de leurs valeurs – autonomie, réflexion critique, dignité, liberté, droits de l’homme, démocratie – que l’on se réfère encore de nos jours. Elles sont le passage obligé pour qui souhaite aller dans le sens de l’amélioration de l’homme et de la société.
Il faut également garder à l’esprit que les Lumières ont été un véhicule important de la culture occidentale et que c’est grâce à elles que bien des hommes ont réussi à s’émanciper des dominations de tous ordres.
Au risque d’être débordé par d’autres  » lumières  » revendiquées comme telles, il faut admettre que nous entrons dans une époque ou plus que jamais les principes fondamentaux des Lumières gardent toute leur importance. Pour les mettre en œuvre, ils doivent être confrontés aux réalités et aux mutations incessantes que nous connaissons.